L’ENVIRONNEMENT EN DANGER

La conversion forestière en terres agricoles conventionnelles entraîne la diminution des arbres fruitiers sauvages. Le déboisement non contrôlé attaque le rythme des espèces à long cycle.

L’urbanisation réduit elle aussi ces espèces. Les espaces verts publics urbains sont agrémentés d’espèces uniquement ornementales. De même pour les résidences d’habitation privées. Et pour les constructions d’habitations individuelles, on coupe trop souvent tout ce qui gêne, même si ce sont des arbres fruitiers.

Des pratiques telles que le brûlis intensif sont encore pratiquées dans certains pays et dévastent les forêts et leur faune. Ainsi que l’abattage des arbres par les peuples appauvris, pour la fabrication de charbon qu’ils vendent afin de nourrir leur famille.

Une problématique d’ordre climatique bien sûr, mais aussi alimentaire.

LA DÉSHUMANISATION DES NAISSANCES

La naissance sur-médicalisée est impersonnelle, accueillie dans des salles austères et uniformisées. L’aspect humain est malheureusement trop écarté. Les particularités d’une naissance sont beaucoup moins identifiées face au nombre de césariennes pratiquées. Cyril Gogo, dans son essai « Notre corps nous appartient » pages 131-138, dit ceci : « le jour de l’accouchement peut s’avérer être une expérience d’une violence inouïe pour le bébé, la mère ainsi que le père, surtout s’il a lieu à l’hôpital… Ce n’est pas peu dire, alors que l’accouchement à  l’hôpital s’apparente fidèlement à une garde à vue, où l’atteinte à l’intégrité et la mutilation du corps féminin s’effectuent librement… D’un point de vue médical, l’accouchement est un effort de compétences, car les médecins reçoivent un sursalaire au prorata du nombre de césariennes effectuées… Pour le nourrisson, naître à l’hôpital est un électrochoc à hautes doses. Son corps fait l’objet d’une multitude de maniements, manipulations et injections inutiles et dangereuses… »

Y a-t-il eu des améliorations dans la prise en charge du corps médical et du nouveau dans les attentes des parents ? En surface. Des projets de naissances sont élaborés mais pas encore suffisamment réalisés, parce que le protocole de santé est encore rigide. Je vous invite à lire mon histoire dans mon ebook « je veux accoucher normalement. » https://lelitenoire.com/accoucher-naturellement

A priori il n’y a aucun rapport entre les deux problématiques, et pourtant…

LE LIEN ENTRE LA NAISSANCE ET LE JARDIN

Depuis quelques temps, de plus de plus de couples, futures mères, futurs pères ont le désir de se rapprocher de la nature dans leur projet de naissance. Ils expriment l’envie d’avoir un site réservé, esthétique et aménagé pour la mise en terre cérémonielle organisée par la famille et les proches. De futurs parents souhaitent marquer la naissance de leur enfant dans un ancrage à la terre-mère par un acte mystico-environnemental. Ce geste devient réalisable avec « le jardin de naissances ».

Établir des jardins de naissances publics et/ou privés un peu partout, permet aux habitants de bénéficier de fruits pour leur consommation personnelle et aux institutions de fournir leur production à leurs usagers.

Être en osmose avec la nature, c’est-à-dire ne plus être contre elle. Ceci donne lieu à un échange mutuel répondant aux attentes respectives de chacune des deux parties.

LE JARDIN DE NAISSANCES, QU’EST-CE-QUE C’EST ?

source : https://www.ouest-france.fr/bretagne/tressignaux-22290/le-jardin-des-naissances-compte-18-nouveaux-arbres-fruitiers-4062565

C’est un jardin où chaque arbre correspond à la naissance de quelqu’un. Planté par un parent ou par l’intéressé lui-même, à la naissance ou durant sa vie pour célébrer sa venue au monde d’il y a plusieurs années, celui-ci organisera une cérémonie personnalisée.

Les personnes viennent avec leur plant ou encore achètent un plant à la pépinière du jardin. Il peut s’agir d’arbres fruitiers, d’essences rares, d’espèces ornementales, ou encore celles qui sont en voie de disparition. Une pancarte artistiquement travaillée est placée pour indiquer le prénom de la personne à qui l’arbre est associé.

Lorsqu’il s’agit d’une naissance, le parent peut associer la mise en terre cérémonielle du plant, à l’enterrement du placenta au pied de celui-ci.

UNE TRADITION OUBLIÉE

Auparavant dans les Antilles, les aïeux creusaient des trous pour faire leurs besoins. A un certain niveau de remplissage, ils le rebouchaient. Pendant plusieurs semaines, les déjections se dégradaient jusqu’à être compostées. Nos aïeux savaient à quel moment le compost était mûr. C’est alors qu’ils plantaient à cet emplacement un arbre, afin que celui-ci profite pleinement des apports nutritifs du sol amendé par le compost. Ce geste pouvait s’accompagner de l’enterrement d’un placenta, dans le cas où il y avait une naissance.

Certains arbres sont considérés, dans la tradition « créole », comme des antennes de communication avec  le monde de l’au-delà. Méditer à leur pied permet de rentrer en communication avec les âmes de l’autre côté de notre plan matière. Par exemple, l’on raconte que le soukougnan (femme se transformant en esprit ailé) opérait sa métamorphose sur les fromagers appelés également kapokiers. Les deux plans se rencontrent donc grâce à l’arbre, ses branches étant le reflet de ses racines. Autre exemple, le récit biblique d’Abraham assis au pied d’un arbre et recevant la visite inattendue de trois personnages mystérieux, perçus comme des êtres de l’autre côté, qu’il s’empresse de recevoir avec beaucoup d’humilité.

Ainsi, l’enterrement du placenta à la naissance d’un enfant, permet à ce dernier de rencontrer quand il le souhaite, son double représenté par le placenta avec lequel il a grandi pendant sa vie utérine, et de qui il s’est séparé physiquement à sa naissance.

Nous voyons à quel point nos aïeux vivaient avec la connaissance physique et métaphysique de leur environnement.

ENTRETIEN AVEC TAWFIQ ALZOUBI. Pépiniériste averti, Tawfiq avait pour habitude de planter des arbres à la mort de ses proches et connaissances décédés. Jusqu’au jour où son ami proche Joby Bernabé, artiste aux multiples talents, lui annonce la naissance de son premier petit- fils. C’est alors qu’il réalise qu’il faut planter un arbre à la naissance. Informé par un ami guadeloupéen, il prend connaissance de ce que la tradition dit à ce sujet. Il est maintenant convaincu. Sa motivation ne se trouve pas particulièrement dans la problématique de la déforestation, quoiqu’il en soit conscient, mais plutôt dans le renouement du lien des hommes à la terre (son espace visible et invisible) et dans le fait de répondre au besoin vital de ceux-ci, à savoir se sustenter. Le concept prend alors forme « nourrir chaque enfant de son arbre ». Il pense que donner un nom à un enfant à sa naissance, doit s’accompagner du don d’un arbre. Et bien-sûr un arbre fruitier, car l’arbre est pour Tawfiq l’ami de l’Homme.

De même que les oiseaux sèment des graines dans leur vol, les hommes doivent aussi « semer » des arbres dans leur chemin de vie. C’est une histoire d’humain/d’humus. 

Jusqu’ici Tawfiq plantait des arbres chez lui. Il réfléchit donc à un aménagement de son espace pour la plantation d’arbres de naissances. Sur les conseils de ses partenaires, Joby Bernabé et Abdul Djiré, Marcellin Nadeau est contacté. Il accorde un espace municipal pour la création d’un jardin de naissances qu’il prend à cœur pour son volet d’autonomie alimentaire de sa commune.

Tawfiq Alzoubi, lui, continue de voir loin. Il souhaite que les 34 communes de l’île aient leurs jardins de naissances. Ces jardins pourraient être utilisés pour ceux et celles qui ne disposent pas d’un lopin de terre. Il veut sensibiliser également le personnel des maternités, afin que soit proposer aux mamans ce programme de mise en terre d’un arbre pour leur enfant. Enfin, les natifs qui le souhaitent pourront aussi célébrer leur jour de naissance auprès de leur arbre dans le jardin.

UN MODÈLE A SUIVRE

Le Projet de mise place d’un jardin de naissances de Mr Marcellin Nadeau, maire de la commune du Prêcheur en Martinique, était à la fois éducatif, environnemental et alimentaire. Un concours de dessin pour les élèves de l’école primaire communale s’intitulant « dessine-moi un jardin » et ayant pour but d’aménager un terrain vague de la commune, pour en faire un jardin de naissances d’espèces fruitières à partir du schéma des gagnants du concours. Ce concours a permis une activité d’observation des écosystèmes avec les enfants, de recherches sur les besoins d’une population de proximité, et de lecture et créations paysagères.

La problématique de la déforestation ne touche pas la Martinique, car l’abattage des arbres est règlementé et moins encore la commune du Prêcheur. Par contre, l’autonomie alimentaire est un sujet vital dans ce pays insulaire. C’est pourquoi Mr Marcellin Nadeau souhaitait une action qui agisse directement sur le plan alimentaire, qu’il met en place depuis plusieurs années avec son équipe. L’inauguration s’est faite en 2012. A ce jour, chaque enfant de la commune n’a pas encore son arbre, mais le jardin de naissances de la commune fournit des pommes-cannelle aux élèves de l’école primaire. Toutefois, pour une activité dynamique et régulière du jardin, Mr le Maire et moi-même avons engagé une réflexion quant à l’organisation possible pour l’entretien à temps plein et la communication auprès des parents.

DES JARDINS DE NAISSANCES, UN LIEN ENTRE L’AFRIQUE ET SA DIASPORA

La diaspora africaine est très nombreuse dans des pays dits « développés ». Et sur le continent, trop d’africains ne peuvent se nourrir correctement. Pourquoi ? Parce que le monopole des pays occidentaux sur les terres, limite fortement leur emploi libre par les paysans autochtones. L’agriculture industrielle orientée vers l’exportation, a provoqué des déséquilibres dans la biodiversité des zones. L’accès à l’eau est difficile dans beaucoup de secteurs et l’installation de systèmes d’irrigation trop coûteuse pour les familles des villages. Mais d’autres solutions sont possibles.

La création de jardins de naissances dans les villages : 1 arbre/homme du village et 1 arbre/homme de la diaspora, avec de simples installations pour l’arrosage, telles que celle employée par cet homme ou encore des citernes en terre selon les difficultés, s’avère être une nécessité.

Même en milieu citadin, le problème est le même. Les populations en situation de précarité n’accèdent pas à la nourriture facilement et par eux-mêmes. La création de jardins de naissances dans les villes 1 arbre/1 homme est donc un très bon moyen pour répondre à cette inégalité. Sur les espaces privés et les espaces publics, tous peuvent prendre cette problématique à bras le corps et rétablir l’accès à la nourriture pour toutes les familles.

Vous l’avez compris, les jardins de naissances sont assurément une réponse alimentaire pour la diaspora et les continentaux africains. Voici donc un projet sur lequel nous devons nous pencher. Mais comment ? Première étape, créer des pépinières communautaires. Deuxièmement, recenser les familles, leurs effectifs, leurs besoins et leurs moyens. Troisièmement, repérer les espaces d’installations, en faire la demande locative ou de mise à disposition auprès des propriétaires. Quatrièmement, élaborer le plan d’aménagement et créer les installations préalables pour la mise en terre des plants, la sécurité du jardin et son entretien. Cinquièmement, réaliser les cérémonies de mise en terre par les natifs et démarrer les plannings de soins des jeunes arbres sur deux ans. Ainsi donc nous reprendrons en main notre besoin alimentaire, en toute autonomie. Nous permettrons aux futurs parents désireux de renouer avec la nature pour la naissance de leur enfant de l’accomplir avec simplicité et pérennité.

Peut-être plus tard, aurons-nous les jardins des au-revoir…

Crédits photos : canva.com

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